Test et analyse Black Desert Online (PC)

Depuis quelques années, le monde ancestral des meuporgs est divisé par des querelles intestines : les joueurs, encensés par des responsables marketing pragmatiques, en sont venus à ne jurer que par les MMO occidentaux ; les membres d’une autre communauté, aveuglés par leur amour inconditionnel des MMO asiatiques, se soucient peu de se satisfaire d’autres licences tout aussi légitimes, bref, chaque communauté garde jalousement ses préférences. Peu au fait du fossé qui sépare ces deux mondes, je me suis lancé aventureusement dans Black Desert Online, profitant de sa récente relance sur Steam.

Black Desert Online

Black Desert Online, Miss meuporg

Black Desert Online Black Desert Online est un MMORPG coréen payant à l’acquisition. Une fois les 9,99 € payés, plus rien ne nous retient de nous lancer corps et âme dans son monde aux atours attrayants, nul besoin de suriner mensuellement notre portefeuille. Et quels atours ! Lorsqu’on lance le jeu, force est de constater que les graphismes sont magnifiques, alors que le jeu a été lancé il y a de cela 3 ans, en 2014. Le monde est vaste et les décors, somme toute classiques, sont du plus bel effet. Quant au character-design, il est impressionnant.

Black Desert Online Lorsqu’on lance l’éditeur de personnages, deux consta-tations s’offrent à nous : il est incroyablement complet, et les personnages ressemblent à des mannequins de mode. Tout est pensé pour encenser leur beauté « magazine ». Il est d’ailleurs possible de les prendre en photo afin de se faire un book façon Victoria’s Secret. Et ce n’est nullement un hasard si le « beau » prend tant de place dans ce jeu. Il faut garder à l’esprit qu’il nous vient tout droit de Corée : lieu où la beauté est sacrée. En effet, il suffit d’écrire « culte de la beauté » dans google pour constater que « culte de la beauté en Corée du Sud » est le troisième résultat qui nous est proposé. On trouve alors une pléthore d’articles décrivant la course à la perfection à laquelle les Coréennes s’astreignent quotidiennement.

Black Desert Online

S’il est déjà généralement accepté que le contenu narratif d’un jeu est grandement influencé par la culture source, c’est-à-dire la culture d’émission, il est assez intéressant de voir que les mécaniques de jeu le sont aussi. Et c’est là que la notion de « rhétorique procédurale » s’avère particulièrement à-propos. Ce concept a été développé par Ian Bogost dans son livre Persuasive Games: The Expressive Power of Videogames. D’après lui, les possibilités d’action qui sont offertes au joueur, les mécaniques de jeu, sont porteuses de sens. Ainsi, un jeu où l’on peut voler, tuer, frapper ou uriner dans le visage des gens dit quelque chose de son message. Dans cette perspective, les règles du jeu sont porteuses d’idéologie, et c’est exactement ce que l’on constate dans Black Desert Online, où l’inclination culturelle coréenne à la recherche de la perfection physique ressort particulièrement.

Et si on allait au McBDO ?

À la différence des jeux occidentaux, une fois le jeu lancé, personne ne nous prend par la main. Au contraire, dans une logique Sandbox, nous sommes lâchés au milieu d’un univers que l’on va devoir apprendre à connaitre seul. Comme dans la plupart des MMO coréens, le HUD est saturé d’informations, difficile donc pour le néophyte de s’y retrouver. La première expérience du genre n’est pas forcément agréable, bien au contraire. Habitués aux codes des MMO occidentaux, nous sommes perdus lorsque les quêtes ne jouent par leur rôle de fil rouge habituel. 

Black Desert Online

En général, il nous suffit de nous laisser guider par les quêtes pour avancer dans l’histoire et pour faire progresser notre personnage. Mais dans Black Desert Online, le joueur non averti se trouve perdu au milieu d’un dédale de quêtes qui, en apparence, n’ont pas l’air d’être très utiles. En réalité, leur rôle est simplement de nous faire découvrir les différentes mécaniques jeu et de gagner un peu d’argent et de matériaux, ce qui n’enlève rien au sentiment d’égarement provoqué par la surcharge informationnelle et par le côté peu didactique du jeu. Par exemple, il est possible de faire un potager, mais pour en maximiser le rendement, il faut prendre en compte la localisation, la température, la présence de nappe phréatique ou non, bref, une fois encore, le joueur est noyé sous une tonne d’informations. Au fil des quêtes, le joueur découvre qu’il est possible de faire du commerce, d’investir des points dans des récoltes, dans des bâtiments, de manufacturer des produits et de les vendre ou encore de spéculer sur le prix de produits en fonction de l’éloignement géographique de deux villes. Les mécaniques de commerce et d’artisanat sont tellement nombreuses que le côté combat est relégué au second rang. Il est d’ailleurs tout à fait possible de faire fortune sans trop se castagner.

Black Desert Online

La loi de la jongle

Black Desert Online Une fois l’impression désa-gréable d’égarement passée, force est de constater que le côté non didactique du jeu colle tout à fait avec le message que sa rhétorique procédurale véhicule. Com-me dans le monde du business, les possibilités d’action sont autant d’opportunités commerciales qu’il faut savoir saisir. Ensuite, pour les faire fructifier, il faut non seulement y investir de l’énergie et du temps, mais surtout développer une expertise. Il faut connaitre les prix, les fluctuations, les routes à emprunter pour ne courir aucun risque quand on transporte de la marchandise, bref, Black Desert Online est une formation accélérée pour devenir un bon petit capitaliste. 

D’ailleurs, à l’image de l’idéologie capitaliste dont nos sociétés sont imprégnées, c’est la loi du plus fort qui règne dans ce jeu, ce qui se reflète également dans l’orientation pvp du titre. Dans BDO, le pvp sauvage est de mise à partir du niveau 50. Il est ainsi possible de d’attaquer des joueurs transportant des marchandises d’une ville à l’autre façon Robin de Bois qui vole le riche, la veuve et l’orphelin, et garde tout pour lui. Ou encore, il arrive souvent qu’une guilde ou un groupe de joueurs prenne le contrôle d’une zone de farm et ne laisse plus personne passer. Mais attention, pour pouvoir combattre en pvp, il faudra beaucoup d’argent, car le bon stuff ne s’acquiert qu’à grand renfort de monnaie in-game sonnante et trébuchante. Le commerce reste donc le noyau du gameplay. Black Desert Online

En réalité, les différentes caractéristiques de BDO, qu’il s’agisse de son côté non didactique, du pvp, de la nécessité d’investir massivement dans l’équipement ou les nombreuses mécaniques de commerce et d’artisanat, en font un jeu très cohérent. De plus, une fois les différents points techniques maitrisés, il devient jouissif de se constituer sa petite fortune en exploitant de pauvres gobelins ouvriers que l’on motive à grandes goulées de bière. Ahhh… quatre tartines et des jeux, toujours aussi actuel.

Black Desert Online Le test de Black Desert Online n’a pas été de tout repos, mais il faut avouer qu’il constitue un formidable cas d’école de par son contexte culturel et les différences notables qu’il présente par rapport aux jeux auxquels nous avons l’habitude de jouer. La difficulté d’acquisition des nouveaux codes en dit beaucoup du jeu vidéo en tant que média. On peut parfois avoir l’impression que le jeu est universel, et que tout le monde peut jouer. Mais en réalité, il n’en est rien, comme montré dans la vidéo du youtubeur Tom V. ‘Ixost’ intitulée Tout le monde peut-il jouer au jeu vidéo ? Les codes vidéoludiques ne coulent pas de source, nous avons dû les apprendre. La plupart du temps, la prise en main d’un jeu dépend de notre expérience préalable. Plus nous jouons aux jeux vidéo, plus il est facile d’apprendre à jouer à un nouveau titre, tout du moins, lorsqu’il présente des codes similaires à nos titres habituels. Cependant, lorsque nous sommes face à un jeu dont les codes sont passablement différents, nous sommes légèrement perdus en dépit de notre expertise vidéoludique. S’annoncent alors de longues heures d’apprentissage, parfois pénibles, mais souvent gratifiantes. Jouer à des jeux différentsBlack Desert Online  nous sort de notre zone de confort et nous permet de redé-couvrir un média dont on a parfois l’impression de con-naitre toutes les facettes. 

 

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